samedi 1 janvier 2011

Les Blancs ont-ils une âme ?

Nous sommes tous remplis d'idées préconçues, et pas toujours vraies, sur les êtres et les choses (enfin, pas tous : il y a des saints qui sont ouverts à tout et à tous, et parfaitement dépourvus d'esprit de jugement). Je n'y échappe pas, hélas, tout le monde l'aura bien remarqué, et mes frères Congolais non plus. En l'occurrence, beaucoup d'idées circulent sur les Blancs, beaucoup d'illusions aussi. Je vous en livre quelques unes en vrac :
- les Blancs ont de l'argent
- en Europe, tout est facile et il y a tout gratuitement (les soins, l'école, les routes …)
- en Europe, on ne sait pas ce que c'est que la guerre, ni la famine, ni la misère
- les Blancs n'ont rien à faire car ils ont des machines qui travaillent pour eux
- les Blancs ont tout ce qui leur faut et ne manquent de rien
- les Blancs ne sont pas solides physiquement
Bref, à entendre les uns et les autres, j'en viens parfois à me demander : les Blancs sont-ils vraiment des êtres humains ? Et si oui, ont-ils une âme ?
Il y a des jours où tout cela me fait simplement sourire, d'autres où cela m'agace profondément. Mais, malgré toute ma vanité, je suis persuadée que le regard de l'autre sur moi comporte toujours une part de vérité, qu'il me dit quelque chose de moi que mon propre aveuglement me cache. L'autre est un miroir, et il me faut reconnaître qu'il n'est pas toujours déformant.
Régulièrement donc, et plus encore depuis que je vis au Congo, il m'est donné de toucher du doigt ma suffisance et mes insuffisances, mon complexe de supériorité (qui n'est que la face visible de mon profond sentiment d'inutilité), mon orgueil, mon incapacité radicale à aimer. En un mot : ma misère.
Face à cette misère, deux attitudes sont possibles : ou bien me réfugier encore plus dans ma tour d'ivoire, me barricader d'arrogance (ou de "charité", les deux se ressemblent parfois), me blinder le cœur d'égoïsme ou de faux altruisme. Ou bien me culpabiliser à donf, me laisser anéantir sous le poids de cette misère, le fardeau de ma vie, ne faire le bien que pour me faire pardonner d'exister, et finalement succomber au désespoir (c'était la grande tentation du Curé d'Ars).
Mais peut-être aussi qu'une troisième voie est possible, celle de l'espérance. Croire malgré tout que la vie a un sens, que la valeur de ma vie ne se résume pas au bien ou au mal que je fais ou que je ne fais pas; me dire encore que je ne suis pas un être "terminé", préfabriqué, incapable d'évoluer; me souvenir enfin qu'il faut bien toute une vie pour devenir ce que l'on est.
"En fait, si nous nous situons dans cette perspective, nous découvrons que ce à quoi Jésus nous invite, c’est à naître. Notre identité d’homme va de naissance en naissance, de commencement en commencement (…) Et, de naissance en naissance, nous arriverons bien, nous-mêmes, à mettre au monde l’enfant de Dieu que nous sommes; car l’incarnation, pour nous, c’est de laisser la réalité filiale de Jésus s’incarner dans notre humanité, dans mon humanité à moi." (Christian de Chergé, L'invincible espérance)
Bonne année 2011 à tous !

3 commentaires:

  1. Bonne année à toi aussi, remplie de cette Espérance que nous sommes tous capables d'évoluer car nous sommes tous appelés à la sainteté. Grosses bises

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  2. Merci Elisabeth pour ce beau message qui nous rappelle ce que nous sommes et ce à quoi nous sommes appelés. Un bon rappel pour commencer l'année!!
    Gros bisous
    Anne

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  3. Merci Elisabeth pour cette très juste réflexion que tu partages avec nous.
    Une très bonne année à toi :-)
    Amicalement
    Anne (la fille de ta filleule)

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