Jo, le chargé de mission de la DCC pour le Congo, est passé à Isiro pour rencontrer la seule coopérante encore sur place : ma pomme. Une petite visite de 72 heures à peine, qui m'a permis (et obligée) de faire un petit bilan après 16 mois de présence ici. Bien sûr, il y a quelques réalisations pratiques, au labo et à la clinique, principalement dans le domaine de l'organisation, qui s'avère mon point fort (entre 2009 et 2010, la fréquentation du labo a augmenté de 65% et le bénéfice de 86%). Bien sûr, il faut deux ans pour commencer à être opérationnel, et je ne suis là que depuis un et demi à peine. Bien sûr, il y a la bonne impression générale des gens à mon égard, et les quelques liens forts noués ici et là. Mais il y a encore tant de choses à faire, qui se heurtent à une inertie démesurée; il y a tant d'amour à donner, qui ne trouve pas de cœur pour l'accueillir; il y a tant de ponts à construire, tant de différences à partager, et si peu d'ouverture. Apparemment …
Car, comme me le rappelait Jo, la trace laissée par mon passage ne se mesure pas, ne se quantifie pas. Les liens, les partages, les ponts, ne se présentent pas tels que je les imaginais, certes; mais cela ne veut pas dire qu'ils n'existent pas ! Même mon travail à la clinique, qui m'apparaît si décevant (mais ceux qui me connaissent bien savent que, malgré ma suffisance apparente, je ne suis jamais satisfaite ni de ce que je fais, ni de ce que je suis), qui peut dire qu'il ne portera jamais de fruit ? Efficacité n'est pas fécondité, et la seconde laisse, dans le temps, plus de traces que la première …
Et puis, ce temps de défrichage n'est certainement pas inutile, et je me dis que si je parviens à faire un bon diagnostic et à tracer des pistes pour l'avenir, ma présence n'aura pas été vaine. Car il faut bien tout ce temps pour comprendre les fonctionnements (et les dysfonctionnements !) de la clinique, de l'université, du labo; pour comprendre aussi, un peu (si peu !) une culture aux antipodes de la mienne. Et non seulement comprendre, mais intégrer, assimiler, digérer, pour faire que ce "choc des civilisations" ne soit pas provisoire, un épisode dans mon parcours personnel, mais devienne nourriture, source de richesses à venir, pour mon intelligence, mon cœur, mon âme. Et non seulement pour moi, mais aussi pour mes frères congolais, et pour tous ceux que Dieu mettra sur mon chemin, d'une manière ou d'une autre. Je le savais en arrivant, mais je l'expérimente et l'éprouve chaque jour davantage : ma mission portera du fruit à la mesure de ma capacité à me laisser bousculer, déranger, façonner, travailler de l'intérieur. Chemin d'humilité jamais totalement accompli, toujours à recommencer. De belles paroles, faciles à dire, plus difficiles à mettre en œuvre. Dieu fasse qu'elles ne restent pas lettres mortes …
Car, comme me le rappelait Jo, la trace laissée par mon passage ne se mesure pas, ne se quantifie pas. Les liens, les partages, les ponts, ne se présentent pas tels que je les imaginais, certes; mais cela ne veut pas dire qu'ils n'existent pas ! Même mon travail à la clinique, qui m'apparaît si décevant (mais ceux qui me connaissent bien savent que, malgré ma suffisance apparente, je ne suis jamais satisfaite ni de ce que je fais, ni de ce que je suis), qui peut dire qu'il ne portera jamais de fruit ? Efficacité n'est pas fécondité, et la seconde laisse, dans le temps, plus de traces que la première …
Et puis, ce temps de défrichage n'est certainement pas inutile, et je me dis que si je parviens à faire un bon diagnostic et à tracer des pistes pour l'avenir, ma présence n'aura pas été vaine. Car il faut bien tout ce temps pour comprendre les fonctionnements (et les dysfonctionnements !) de la clinique, de l'université, du labo; pour comprendre aussi, un peu (si peu !) une culture aux antipodes de la mienne. Et non seulement comprendre, mais intégrer, assimiler, digérer, pour faire que ce "choc des civilisations" ne soit pas provisoire, un épisode dans mon parcours personnel, mais devienne nourriture, source de richesses à venir, pour mon intelligence, mon cœur, mon âme. Et non seulement pour moi, mais aussi pour mes frères congolais, et pour tous ceux que Dieu mettra sur mon chemin, d'une manière ou d'une autre. Je le savais en arrivant, mais je l'expérimente et l'éprouve chaque jour davantage : ma mission portera du fruit à la mesure de ma capacité à me laisser bousculer, déranger, façonner, travailler de l'intérieur. Chemin d'humilité jamais totalement accompli, toujours à recommencer. De belles paroles, faciles à dire, plus difficiles à mettre en œuvre. Dieu fasse qu'elles ne restent pas lettres mortes …

Il me semble que nous pouvons tous nous retrouver dans ton analyse (mis à part ce qui concerne ton travail effectif au labo ou à la clinique). En effet, qui peut dire quelle trace laissera son passage sur cette terre? Cela ne se mesure pas, c'est sûr! Et, sans parler de "choc des civilisations", le simple rapport à l'autre et à sa différence peut nous faire progresser dans notre parcours personnel, pour peu que nous acceptions effectivement de nous laisser déranger et de nous remettre un tant soit peu en question... La vie est une aventure qui peut (doit?)nous faire grandir si nous voulons bien nous montrer suffisamment humble pour en comprendre durablement les leçons.
RépondreSupprimerPlein de pensées et de gros bisous de nous tous.
La fécondité, surtout spirituelle, ne se mesure pas aux résultats immédiats; il faut laisser le temps au temps, et le fruit de notre travail, de nos efforts,ne se verra souvent que dans un avenir qui ne nous appartient pas. On fait de son mieux, de tout son coeur, de tout son être,et le reste est à la grâce de Dieu. "Si le Seigneur ne bâtit la maison ..."
RépondreSupprimerGrosses bise.