mercredi 16 février 2011

Vous me faites beaucoup de bien

Je vous ai parlé déjà (il y a longtemps, le 20 janvier 2010 exactement) de Mama Dorothée. C'est la doyenne des infirmières de la clinique, elle a 65 ans, et travaille au service de chirurgie où elle fait des merveilles avec Mama Lucie. Elle ne parle que le swahili et le lingala, et baragouine quelques mots de français. De mon côté, je comprends un peu le lingala, mais je ne fais que le bredouiller. Autant dire que les conversations entre nous tournent vite court. Malgré tout, nous avons trouvé un langage commun : la bagarre. Plus exactement, la simulation de bagarre. Elle m'appelle "mwana moke" (petite enfant), je l'appelle "mwana mobange" (vieille enfant), et après ça, nous faisons semblant de nous bagarrer, fronts contre fronts et poings serrés (elle fait bien 20 cm de moins que moi), pour la plus grande joie des malades et visiteurs, ravis de voir ainsi une mondele faire le "mobulu" (pitre).
L'autre matin, alors que je fais le tour des services pour saluer tout le monde, comme il se doit, elle m'attire dans un coin et discrètement me remet un petit paquet. Surprise, je lui demande de quoi il s'agit. "C'est pour vous, c'est des œufs" (un œuf coûte 250 Fc, ça fait cher l'omelette). Mais pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ? "Vous me faites beaucoup de bien …".
Dans un pays où la corruption bat son plein et où tout se monnaye, il y a comme ça des petits riens, des sourires, des gestes aimables, qui laissent pantois et donnent à croire qu'une espérance est encore possible.

6 commentaires:

  1. Waouh! C'est chouette, j'imagine tellement bien la situation, c'est beau, y'a que ca de vrai, ces petits moments d'amour...

    On t'embrassse fort,
    la famille Duval

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  2. C'est souvent quand on s'y attend le moins que ce genre de choses arrivent,qui mettent du baume au coeur pour un moment. Et bien sûr qu'une espérance est encore possible. L'espérance, c'est la vie...
    Gros bisous de nous tous, et continue de te bagarrer.

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  3. Donc nous attendons la suite : qu'as-tu fait avec ces oeufs??? Omelette? Oeufs coque? Oeufs brouillés ? Bises

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  4. Ni l'un, ni l'autre : je les ai donnés à Françoise pour sa maman malade !

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  5. Vu les 3 dernières lignes de ton billet, j'aurais dû m'en douter... Bises

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  6. Je t'imagine très bien faire le pitre ! Tu sais si bien le faire ! Effectivement, ça fait du bien aux malades et à Dorothée de rire et d'oublier les douleurs. Et puis, une mondele qui fait le clown, ça n'arrive pas tous les jours. Les bénéficiaires du spectacle s'en souviendront. Plein de bisous ma chérie.

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