dimanche 27 mars 2011

Cadeau vivant

Il y a des catastrophes apparentes qui se révèlent de vrais bonheurs. Ainsi quand Bernard, un des fils d'Aimée (la grande sœur de Françoise), lui a annoncé il y a un peu plus de deux ans qu'il avait engrossé une fille de son âge (tous deux avaient alors à peine 16 ans), l'ambiance à la maison n'a pas été vraiment à la joie. Il faut dire que les grossesses précoces sont ici un vrai fléau, empêchant les filles de continuer l'école, obligeant les parents à subvenir aux besoins de l'enfant, car souvent le garçon s'enfuit sans assumer sa responsabilité. Cela n'a pas été le cas de Bernard : il a pris la fille à la maison et a trouvé un petit boulot de réparateur de téléphones, histoire de ramener quand même un petit quelque chose. Et toute la famille a accueilli l'enfant qui est né le 19 septembre 2009, quelques jours après mon arrivée au Congo. C'est aujourd'hui une petite fille adorable, qui s'appelle Aimée, comme sa grand-mère, et qui fait la joie de toute la maisonnée. Quand elle n'est pas sur le dos de sa maman, elle trottine sans cesse derrière elle, la suivant partout comme les petits canards. Elle vit en culotte ou en maillot, pieds nus, couverte de poussière et de boue de la tête aux pieds; elle tient le mortier pendant que sa mère pile le poundu et s'entraîne à porter les objets sur la tête, comme tout le monde. Quand je m'intéresse à elle, elle me regarde en haussant les sourcils et imite chacun de mes gestes, ce qui provoque l'hilarité de toute la famille. Bref, cette petite fille, qui porte bien son prénom, est un vrai bonheur.

L'autre dimanche, j'étais à peine arrivée que Françoise me tend un fauteuil et me dit : "Assied-toi, j'ai quelque chose à te demander". Intriguée, je l'écoute : "Elisée, est-ce que tu veux bien être la marraine d'Aimée ?" Je ne m'attendais pas à ça; pour le coup, heureusement que j'étais assise ! J'appelle Aimée, je la prends dans mes bras (en faisant attention de ne pas me salir) et je commence à la couvrir de bisous. "Bon alors, tu es d'accord, hein ?" Comment dire non ? Un peu après, je lui demande qui a eu cette glorieuse idée. "Tout à l'heure, pendant la messe, je demandais au Seigneur : qu'est-ce que je peux faire pour qu'Elisée comprenne qu'elle fait partie de la famille ? Et j'ai pensé à ça ! Tu vois, c'est Dieu qui m'a donné l'idée. On te donne notre fille, maintenant c'est ta fille à toi aussi. Tu es de notre famille".

C'est aussi facile que ça : ces gens simples et démunis me font cadeau de ce qu'ils ont de plus précieux, juste pour me dire leur amour et leur affection. Et quel cadeau ! Un cadeau vivant …



PS Petite précision : Ste Aimée di Offreduccio était la nièce de Ste Claire d'Assise; elle-même fut clarisse à San Damiano. On ne sort pas de la famille franciscaine !

2 commentaires:

  1. Félicitations ! Aimée est adorable. Quelle est la date du baptême? La veillée pascale? Je parle souvent de toi en ce moment... à mes élèves de 3°.
    Bises

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  2. Effectivement, elle est bien mignonne, cette toute petite. Tu allonges ainsi la liste de tes filleules : Emilie, Andrée, ... Aimée ! Là-bas, les choses se passent simplement : on accepte le "cadeau" de la Providence, même si on craint, au début qu'il ne soit un peu ...encombrant. Bisous.

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