Que deviendra l'enfant avec la tumeur au visage ? demandait ma chère sœur dans son commentaire de l'article précédent. Réponse : je n'en sais rien, mais il va vraisemblablement mourir dans les semaines qui viennent. Nous n'avons pas les moyens techniques et médicaux de traiter la tumeur (on ne sait même pas si elle est bénigne ou maligne), et de toute façon c'est probablement trop tard, même pour faire une chirurgie de confort. Pour bien faire, il faudrait l'envoyer à Kinshasa, et la famille n'a pas les moyens. L'enfant aura de plus en plus de mal à s'alimenter, d'autant plus qu'il s'asphyxie petit à petit avec sa propre odeur, les tissus touchés étant en train de pourrir.
D'autre part, il semblerait, d'après la rumeur, que cet enfant aurait "injurié une vieille du quartier" qui, en représailles, aurait à son tour "fait la sorcellerie contre lui". Et contre la sorcellerie, il n'y a rien à faire ! Si tel est le cas, il est tout à fait possible que les parents laissent mourir l'enfant, voire que l'enfant lui-même se laisse mourir : inutile de lutter contre le sorcier, on perd son temps, son énergie, son argent, et on risque de s'attirer d'autres ennuis.
La sorcellerie est une réalité presque incontournable au Congo, surtout dans les coins reculés comme Isiro, et pire encore dans les villages. Tout le monde y croit plus ou moins, et il est difficile d'en parler de façon rationnelle. Chaque fois que quelque chose d'inhabituel se produit, on pense automatiquement sorcellerie. Ainsi l'autre soir, Freddy a eu des problèmes avec son vélo qui refusait d'avancer : c'est la sorcellerie (je pense quant à moi qu'il était surtout rond comme une queue de pelle). Donc, si les parents pensent que la vieille a effectivement jeté un sort à l'enfant, le moindre bobo sera considéré comme de la sorcellerie, et inconsciemment on laisse pourrir la situation (c'est le cas de le dire), ou on fait appel à un autre sorcier pour désenvoûter l'enfant, ou aux traitements indigènes, et le résultat est encore pire. Le diable n'a que le pouvoir qu'on lui laisse, mais on lui en laisse beaucoup !
C'est aussi là une des conséquences du manque de conscience de la dignité personnelle : la résignation. "Si la famille (ou le chef, ou l'autorité locale, ou le sorcier) m'a condamné, cela veut dire que je suis coupable". Cette mentalité qui nous semble d'un autre âge est encore terriblement présente ici. Mais à bien y réfléchir, je ne suis pas sûre qu'elle ait totalement disparu chez nous …
D'autre part, il semblerait, d'après la rumeur, que cet enfant aurait "injurié une vieille du quartier" qui, en représailles, aurait à son tour "fait la sorcellerie contre lui". Et contre la sorcellerie, il n'y a rien à faire ! Si tel est le cas, il est tout à fait possible que les parents laissent mourir l'enfant, voire que l'enfant lui-même se laisse mourir : inutile de lutter contre le sorcier, on perd son temps, son énergie, son argent, et on risque de s'attirer d'autres ennuis.
La sorcellerie est une réalité presque incontournable au Congo, surtout dans les coins reculés comme Isiro, et pire encore dans les villages. Tout le monde y croit plus ou moins, et il est difficile d'en parler de façon rationnelle. Chaque fois que quelque chose d'inhabituel se produit, on pense automatiquement sorcellerie. Ainsi l'autre soir, Freddy a eu des problèmes avec son vélo qui refusait d'avancer : c'est la sorcellerie (je pense quant à moi qu'il était surtout rond comme une queue de pelle). Donc, si les parents pensent que la vieille a effectivement jeté un sort à l'enfant, le moindre bobo sera considéré comme de la sorcellerie, et inconsciemment on laisse pourrir la situation (c'est le cas de le dire), ou on fait appel à un autre sorcier pour désenvoûter l'enfant, ou aux traitements indigènes, et le résultat est encore pire. Le diable n'a que le pouvoir qu'on lui laisse, mais on lui en laisse beaucoup !
C'est aussi là une des conséquences du manque de conscience de la dignité personnelle : la résignation. "Si la famille (ou le chef, ou l'autorité locale, ou le sorcier) m'a condamné, cela veut dire que je suis coupable". Cette mentalité qui nous semble d'un autre âge est encore terriblement présente ici. Mais à bien y réfléchir, je ne suis pas sûre qu'elle ait totalement disparu chez nous …

Juste avant de lire ta dernière phrase, je me disais que nous fonctionnons sur le même modèle: si personne ne veut m'embaucher, c'est que je ne vaux rien, si je n'ai pas d'amoureux, c'est que je ne suis pas quelqu'un qu'on peut aimer, etc... Chez nous aussi, parfois, on se condamne soi-même, sous la pression d'une société qui ne nous apporte pas toujours ce dont nous rêvions ou ce que nous sommes en droit d'espérer. Quand à la sorcellerie, on y croit bien un peu aussi, mais on appelle ça de la superstition. L'homme fonctionne de la même manière partout, c'est le contexte qui change...
RépondreSupprimerJ'ai une pensée émue pour ce pauvre enfant et pour tous ceux qui souffrent comme lui, au Congo et ailleurs, et la grande,l'éternelle question est: pourquoi???
Prends soin de toi et n'oublie pas que nous pensons à toi chaque jour. Nous t'embrassons bien fort.
Coucou Elisabeth,
RépondreSupprimerMerci pour ce message sur la sorcellerie, qui illustre tellement ce qui se passe la bas. Comment s'est passé ta conférence sur la dignité de l'homme? Il y a eu des bons échanges? Parce que finalement, la meilleure lutte contre la sorcellerie et toute superstition, c'est bien comme tu le dis la prise de conscience de notre dignité!
Bises de la petite famille.
Oui, je crois qu'effectivement, sorcellerie ou superstition, c'est tout un. Au Moyen-Age, et pendant encore des siècles, on criait "le démon, le démon" devant toute chose inconnue.Que de malheureu(x)ses on a brûlé en son nom.
RépondreSupprimerJe t'embrasse très fort, ma chérie.