mercredi 18 mai 2011

Demain n'existe pas

Me voici à nouveau en pleine forme après une semaine de grosse fatigue consécutive à la malaria (lire l'épisode précédent). Heureusement que je suis en vacances, je ne force pas trop : je lis, je me connecte de temps en temps sur internet, et je passe beaucoup de temps dans ma nouvelle famille (ma lettre de congé me souhaitait un "bon congé de reconstitution en famille", quel humour !). Évidemment, mes projets de ballades ont été remis en question par la maladie : je pensais aller faire un tour du côté de Nangazizi (45 km vers le nord) avec Françoise, je crois que ce sera partie remise, car la Mère lui a demandé de rester pour s'occuper de trois Sœurs étrangères qui vont bientôt arriver et qui devront séjourner à la villa (là où j'habitais au début). Je devais aussi partir pour Wamba et le pays des Babudu avec Mogha, mais ce dernier est retenu à Kinshasa sans doute jusqu'à la semaine prochaine. On verra bien …
Des projets … Beaucoup de gens ici ne se posent même pas la question, en particulier les jeunes. Ils n'ont souvent d'autre ambition que de passer la journée, s'amuser avec les copains, bosser juste ce qu'il faut pour trouver de quoi manger le soir, mais sans trop forcer; et s'il n'y a rien, et bien tant pis, on se passera de manger, ce n'est pas la première fois ! Mais rêver et chercher à réaliser son rêve, travailler un peu plus pour mettre de l'argent de côté, s'investir dans des études, quitte à s'endetter, pour avoir un avenir meilleur, en un mot "faire des projets", non, beaucoup n'y pensent même pas. On a parfois l'impression que pour eux, demain n'existe pas. Il y a aujourd'hui, ce que je fais maintenant, et basta. Il est vrai qu'en lingala, il n'y a qu'un seul mot pour dire hier et demain (lobi). Pas étonnant que nombre de filles se retrouvent enceintes sans savoir comment, et n'ont plus d'autre choix que d'élever tant bien que mal leur marmaille (idem pour les garçons, d'ailleurs, mais eux peuvent encore prendre la fuite).
À l'âge où, chez nous, on construit son avenir, les jeunes d'ici ne semblent pas se rendre compte qu'ils ont un avenir, et que cet avenir dépend d'eux-mêmes. Bienheureuse nonchalance, peut-être, loin de notre course effrénée contre le temps. Mais aussi ignorance et inertie, qui maintient dans une sorte d'esclavage volontaire l'un des pays du monde pourtant les plus richement dotés par la nature. Mais à bien y réfléchir, ne s'agit-il pas là de l'exact reflet dans le miroir de la précipitation occidentale, et finalement une même méconnaissance de la valeur du temps : un espace entre deux éternités, donné à notre humanité pour la rendre plus humaine …

1 commentaires:

  1. Dans notre civilisation occidentale, on pourrait croire qu'aujourd'hui est gâché s'il ne valorise pas demain, ou à défaut, s'il n'apporte pas quelque chose d'exceptionnel, d'extraordinaire. La preuve en est que se contenter sur une journée complète d'être en vie est perçu comme de la fainéantise, ou encore de la dépression. Certes dans l'Evangile le Seigneur dit aux apôtres que les petits oiseaux trouvent chaque jour leur nourriture pour ce jour, et que nous avons plus de prix que des oiseaux à ces yeux. Ainsi, il ne faut pas craindre de manquer, mais en même temps, par sa supériorité sur la bête, l'homme doit être responsable : chaque acte a des conséquences, de même chaque manquement. L'ignorer est source de problèmes, de même que se noyer dans les actions et les projets. Maintenant, pour trouver le juste équilibre, bon courage...!!
    Grosses bises

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