lundi 13 juin 2011

Reprise

J'ai repris le boulot mercredi matin, avec un enthousiasme que je vous laisse deviner : il me reste deux mois à faire à Isiro, c'est la dernière ligne droite. Hélas, j'ai trouvé le labo à peu près dans le même état où je l'avais trouvé il y a 20 mois. En un mois d'absence, saleté et désordre ont repris le dessus. Mon bureau est couvert de papiers divers, de vieux bons de laboratoire non rangés, les registres (tout neufs) sont déjà déchirés. Certes, il y a eu beaucoup de boulot au mois de mai, mais je sais que même si la situation avait été plus calme, ils n'auraient rien entretenu. L'infirmière Chantal à qui j'avais confié la charge d'enregistrer les patients sur le registre de la Zone de santé (gros boulot, qui nous est imposé depuis janvier 2010, et que personne n'avait fait avant moi, donc) s'est arrêté au 4 mai : j'ai plus d'un mois de retard à rattraper, au moins 400 malades. Désespérant …
Sr Noëlla, à qui je confie mon désarroi, me rassure : "Ils ne savent pas ce qu'ils ratent; les gens qui t'apprécient ne peuvent pas travailler avec toi, et ceux qui travaillent avec toi ne savent pas profiter de ta présence". Ma copine Marie-Bernard, qui est hospitalisé à la clinique car elle vient de mettre au monde sa deuxième petite fille, me dit la même chose : "Même si tu n'avais apporté quelque chose qu'à une seule personne, tu ne serais pas venu pour rien. Mais tu ne te rends pas compte toi-même de ce que tu nous apportes". C'est vrai, et c'est sans doute mieux comme ça.
Malgré tout, cette situation pose question. Il faut reconnaître que la mentalité dans ce coin du Congo est très particulière : dès que quelqu'un a un peu d'initiative, pour lui et pour les autres, il se heurte non seulement à l'inertie générale, mais plus encore à la jalousie et à l'hostilité. Qui plus est, les gens vivent obstinément tournés vers un passé qui n'est plus (à supposer qu'il ait été autrement que dans leur imagination). Alors on regrette Mobutu, la colonisation, le temps des Blancs, en vrac : avant, c'était mieux. Au début de mon séjour déjà, la Mère Jeanne m'avait prévenue : "Tu verras, quand tu seras partie, les gens trouveront que tu étais quelqu'un de très bien" !!! Que faire alors ? Je me souviens d'une conversation avec la Sr Romana, à Rungu : "Il ne faut pas regarder trop loin; il faut faire son travail, simplement, jour après jour, sans espérer de récompense, sans se poser de questions. Sinon on désespère …"
Ne pas me poser de question, c'est pour moi chose impossible. Mais de fait, j'apprends à mon tour à faire ce que j'ai à faire sans plus me soucier de l'efficacité de mes actions; Dieu saura bien leur faire porter du fruit, si tel est son bon plaisir. Le reste ne m'appartient pas. Et c'est sans doute mieux comme ça !

5 commentaires:

  1. Je comprends que tu sois un brin désespérée, on le serait à moins! Mais je crois que Sr Romana a raison et que tu fais bien de suivre ses conseils. Tu fais ton travail de ton mieux et, ce faisant, tu sèmes des graines en espérant qu'elles germeront et donneront des fruits. Tu ne peux pas faire beaucoup plus. C'est la même chose dans l'éducation des enfants... Et puis il faut du temps et beaucoup de patience pour que les choses changent profondément... Mais ne t'inquiète pas, tu laisseras certainement ta trace derrière toi.
    Nous pensons à toi et nous te faisons de gros bisous.

    RépondreSupprimer
  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
  3. Bien dit Elise!

    Bon courage pour ce détachement pas évident!
    Bonne préparation au retour...

    la photo de la semaine est superbe!

    On t'embrasse,

    Anne, Ben et Alix

    RépondreSupprimer
  4. Ne te decourage pas car je pense qu'ils se souviendront de toi longtemps mais il est très difficile de changer les habitudes surtout lorsqu'elles sont bien installées !!!! Tu as mené à bien ta mission et j'espère juste qu'au moins tu auras pu en tirer ce que tu voulais en y allant ..... lorsque tu reviendras en France tu t'apercevras de leur qualité à ces personnes que tu as cotoyées durant deux ans ; et tu verras combien nous sommes speed mais est ce mieux ? gros bisous profite bien de ce séjour
    gros bisous Isa du Valentin

    RépondreSupprimer
  5. ...mais finalement, ne serait-il pas plus sain (et peut-être moins orgueilleux au bout du compte..) de faire les choses pour soi-même, pour le plaisir qu'on peut tirer à simplement FAIRE ces choses, à côtoyer ces gens, à suivre sa propre route, plutôt qu'espérer être utile à qui que ce soit....et peut-on vraiment être utile à qui que ce soit...???
    à méditer...

    RépondreSupprimer