mercredi 8 juin 2011

Voyages, voyages

Ndedu étant décidemment trop éloigné d'Isiro quand on a une maman malade, Françoise a finalement été nommée à Nangazizi comme supérieure de la communauté locale. Comme Noëlla devait aller à Rungu visiter l'école maternelle, nous décidons de faire route ensemble toutes les trois pour accompagner Françoise à sa nouvelle destination. Départ plusieurs fois reporté (voir article précédent), mais finalement tout arrive, même le meilleur, et jeudi matin nous voici enfin prêtes à prendre la route. Nos trois motos (une chacune, plus le chauffeur) sont harnachées et (lourdement) chargées, nous-mêmes sommes habillées pour le voyage (pour ma part : jean + pantalon de survêtement, chemise à manches longues, pull et K-Way , je n'aurai pas froid), il est un peu plus de 8 heures lorsque notre petite caravane s'ébranle. Comme mon chauffeur est le plus expérimenté, c'est ma moto qui ouvre la route.
Les difficultés de la vie quotidienne m'avaient fait oublier à quel point ce pays est beau, avec sa végétation exubérante, sa terre rouge et son ciel bleu. Entre creux et bosses, nous évitons quelques cochons qui s'ébattent gaiement dans les flaques de boue jalonnant notre route. Par endroit, les lourds camions de marchandises reliant Isiro à Dungu et Faradje ont laissé des ornières de plus d'un mètre de profondeur. Mais dans les portions de route bien dégagées (il y en a), nous poussons des pointes jusqu'à 50 km/h ! À 19 km (une heure de route), première crevaison. Pendant que les chauffeurs réparent, nous nous abritons à l'ombre d'un teck … J'ouvre un peu mon scaphandre : je suis déjà trempée de sueur. Un peu avant 11h nous arrivons à Nangazizi (45 km), gros village étalé le long de la route principale. Courte pause pour saluer les Sœurs, nous laissons quelques bagages et nous repartons vers Rungu, à 20 km. Encore deux autres crevaisons (une par moto), et nous voici enfin arrivés : il est 13h45. Douche, repos obligatoire, petite ballade. Avec mon sauna portatif, j'ai déjà dû perdre plusieurs kilos …
Vendredi matin, nous partons visiter les écoles tenues par les laïcs de l'association italienne COE : écoles maternelles et primaires, et même une école pour enfants sourds-muets (en plein milieu de la brousse !). Un travail remarquable, qui redonne un peu d'espérance. Il y a même un petit cybercafé (quatre postes informatiques), car un barrage et une petite turbine permettent d'alimenter la ville en électricité presque 24h/24. Nadia avait raison : Rungu est un petit coin de paradis.
L'après-midi, après la visite de l'hôpital, retour vers Nangazizi. Comme la Sr Julienne doit revenir à Isiro et qu'il n'y a que trois motos pour quatre, nous entassons les bagages sur deux motos et Françoise et moi montons ensemble sur la troisième. Visite aux abbés (obligatoire), visite du petit séminaire, salutations divers, encore une dernière crevaison, il fait déjà nuit lorsque nous arrivons à Nangazizi.
Samedi matin, nous découvrons les lieux : le bâtiment de la communauté est une ancienne maison des Sœurs Comboniennes, très jolie et bien entretenue, et même équipée de panneaux solaires, ce qui nous permet de dire l'office le soir sans s'arracher les yeux avec la lampe torche. Une cour avec les inévitables poules qui se promènent par-ci par-là, un grand jardin où la Sr Raymonda fait pousser avec bonheur poundu, maïs, aubergines, haricots et arachides. L'église est juste à côté, mais demande à être nettoyée de fond en comble; il faut préciser, à la décharge des chrétiens du lieu, que suite à une brouille avec l'évêque, le village a été privé de prêtres et de Sœurs pendant deux ans. Après le repas de midi, Noëlla et Julienne repartent à Isiro avec les trois motos (mon chauffeur reviendra me chercher lundi) et je reste seule avec Françoise. Comme il n'y a ni chiques, ni marengwe (invisibles), mais qu'il faut tout de même que j'expérimente toutes les réalités de l'Afrique équatoriale, je découvre avec bonheur les joies de la piqûre de mouche rouge. En quelques minutes, mon pouce gauche double de volume et la démangeaison atteint déjà le poignet. Heureusement, Françoise me soigne d'une main experte, à grand renfort de vinaigre, pommade Rhino et … dentifrice ! (on en apprend tous les jours). Traitement efficace : quelques heures plus tard, ma main gauche a repris des proportions un peu plus raisonnables.
Pendant trois jours, nous nous promenons dans la petite ville (autant que la chaleur étouffante nous en laisse la possibilité), nous discutons longuement, lisons ensemble la Bible, bref nous profitons des quelques heures qui nous restent à passer ensemble. Mais hélas, les meilleures choses ont une fin, mon chauffeur n'oublie pas de venir me rechercher (j'espérais un peu …) et il me faut repartir pour Isiro. À 9 heures mardi matin, j'abandonne Françoise à sa nouvelle vie et j'enfourche à nouveau ma moto. Il a plu toute la nuit, la température est agréable, et malgré les flaques plus nombreuses le voyage se déroule sans encombre. À 11h10, j'arrive à Mater Dei, sous les acclamations des taximen du quartier : "Mondele azongi !", la blanche est de retour !
Mon appareil photo donne quelques signes de faiblesse, mais j'ai pu quand même prendre quelques clichés …

3 commentaires:

  1. Bonjour Elisabeth,

    Depuis plus d'un an maintenant, nous te suivons sur ton blog ...
    C'est un peu grâce à Isiro que nous sommes aujourd'hui volontaires.
    Nous t'avons connue par le biais du blog de Anne et Benoît, qui ont été un des éléments déclencheurs de notre volontariat en famille ...
    Cela fait un moment que je souhaitais te faire un petit coucou ... en tout cas avant ton départ.
    On peut s'en raconter plus par mail si tu le souhaites ... tu as maintenant toutes nos coordonnées ...
    "Volontairement"
    Raf.

    RépondreSupprimer
  2. Ben, ma chérie, quelle équipée ! A 3 sur une moto, faut quand même qu'elle soit solide ! Je n'ai pas très bien compris la nécessité du harnachement : fraîcheur au petit matin ? (c'était sans doute moins de 30° ?) , vitesse du vent ? (vitesse de pointe 50 km/h, ça doit décoiffer, d'où le chapeau - croquignolet - des voyageuses) ou bien poussière de la route ? Quoiqu'il en soit, ça te fera un merveilleux souvenir, avec quand même la tristesse de laisser Sr Françoise en route. Gros bisous, on compte les jours. Merci pour les magnifiques photos.

    RépondreSupprimer
  3. 1. le harnachement, c'est pour se protéger du soleil et aussi en cas de chute.
    2. Raf, enchantée de faire ta connaissance; je serais ravie de te contacter directement, mais je ne sais pas où trouver tes coordonnées ... Peut-être par Anne et Ben ?

    RépondreSupprimer