La température extérieure est de -47°C, l'altitude de 10972 mètres et la vitesse de 877 km/h. Mes yeux pleurent de sommeil après une nuit quasiment blanche à l’aéroport de Ndjili : l’attente au siège de la compagnie Royal Air Maroc, la séparation d’avec Théo et Christophe, le trajet en bus jusqu’à l’aéroport, l’attente encore, puis la frénésie du check-in (ouvrir deux fois les valises et les bagages à main), à nouveau l’attente et finalement l’embarquement. Le jour se levait à peine sur Kinshasa quand le Boeing 737 a décollé en direction de Casablanca, avec 45 minutes de retard. Si je ne rate pas ma correspondance, je dormirai à Lyon ce soir.
J’ai essayé de profiter à fond de ces derniers jours à Kin, des amis, des soirées, des rencontres. Christophe, Raphael, Philippe et Théo (rebaptisée par mes soins "Notre Dame de l'Opus Dei" et surnommée par Christophe "Mère Bolingo") m'ont accompagnée durant ces quelques jours et entourée de leur amitié. Les petits déjeuners à l'Usuma ont été l'occasion de discussions passionnantes, comme souvent dans ce genre de lieu. Et puis il y a eu des découvertes inattendues, et qui ne sont pas toutes le fruit du hasard. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance in extremis de la seule et unique vierge consacrée du Congo, moment d’émotion bien légitime pour elle qui rencontrait une consœur pour la première fois de sa vie.
Je ne sais pas si je peux faire un bilan de cette mission. Au niveau du labo, je n'ai pas fait grand-chose, à part donner un grand coup de pied dans la fourmilière, et encore, je ne l'ai pas fait exprès. Je me dis que c'est peut-être seulement pour ça que Dieu m'a appelée là. Mais j'ai fait la mobulu dans les couloirs de la clinique, et beaucoup de gens n'avaient jamais vu ça avant, une Blanche qui ne se prend pas au sérieux. J'ai salué tout le monde, des filles de salle aux médecins, et j'ai essayé de les aimer tous; je ne suis pas sûre d'y être toujours parvenue ... Ce n'est pas toujours facile de tisser de vrais liens d'amitié, il y a tellement de préjugés de part et d'autre. Et pourtant, deux familles m'ont demandé d'être marraine de leur enfant, et dans les deux cas ce n'était pas pour mon argent. Je n'aurais peut-être pas totalement démérité ... Je garde en mémoire la phrase de Marie-Bernard l'autre jour au téléphone : "Merci de nous avoir portés jusqu'au bout." Moi j'avais plutôt l'impression que c'était le contraire !
Beaucoup de gens en Afrique rêvent de l'Europe comme d'un paradis à conquérir; beaucoup de gens en Europe rêvent de l'Afrique comme d'un paradis perdu (voir le film "Les dieux sont tombés sur la tête"). Finalement, on rêve toujours un peu, avec J-J Rousseau, que "l'homme est naturellement bon, mais la société le corrompt" (version moderne du célèbre "c'est pas moi, c'est l'autre"). Ce n'est pas vrai; l'homme est foncièrement mauvais, et Dieu seul peut le sauver. J’ai touché du doigt la bêtise, la méchanceté, la jalousie, ce qu’il y a de plus laid dans l’homme, surtout lorsqu’il a un peu de pouvoir; mais au fond de toutes ces difficultés, j’ai éprouvé la gentillesse, la délicatesse, les trésors d’amour et d’affection, ce qu'il y a de plus beau dans l'homme, que m'ont donnés les petits et les simples, la "population", ceux qui ne seront jamais des bakonzi, des "seigneurs". Ce que j'ai perdu en illusion, je l'ai gagné en espérance …
Alors voilà, je quitte une vie, un mode de vie, de pensée, de voir le monde, pour repartir sur un autre continent, une autre planète, et c'est la mienne. Je quitte une famille et des amis pour retrouver une famille et des amis. Mais ceux que je quitte ne me quitteront pas : ils font partie de ma vie et de mon être; si je les reniais, je me renierais moi-même. Motema moko na molimo moko … (un seul cœur et une seule âme)
Je sais que le retour en France ne va pas être facile, que je vais passer d'une solitude à une autre solitude, qu'il y tant de choses que je ne pourrais pas partager. Cette souffrance-là aussi, je veux la vivre à fond, parce qu'elle fait partie intégrante de la mission, parce que c'est peut-être la partie la plus importante de la mission : découvrir que finalement, la seule chose qui nous rapproche vraiment, c'est la communion des saints. Enfants d'un même Père, et frères au-delà de nos espérances ...
J’ai essayé de profiter à fond de ces derniers jours à Kin, des amis, des soirées, des rencontres. Christophe, Raphael, Philippe et Théo (rebaptisée par mes soins "Notre Dame de l'Opus Dei" et surnommée par Christophe "Mère Bolingo") m'ont accompagnée durant ces quelques jours et entourée de leur amitié. Les petits déjeuners à l'Usuma ont été l'occasion de discussions passionnantes, comme souvent dans ce genre de lieu. Et puis il y a eu des découvertes inattendues, et qui ne sont pas toutes le fruit du hasard. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance in extremis de la seule et unique vierge consacrée du Congo, moment d’émotion bien légitime pour elle qui rencontrait une consœur pour la première fois de sa vie.
Je ne sais pas si je peux faire un bilan de cette mission. Au niveau du labo, je n'ai pas fait grand-chose, à part donner un grand coup de pied dans la fourmilière, et encore, je ne l'ai pas fait exprès. Je me dis que c'est peut-être seulement pour ça que Dieu m'a appelée là. Mais j'ai fait la mobulu dans les couloirs de la clinique, et beaucoup de gens n'avaient jamais vu ça avant, une Blanche qui ne se prend pas au sérieux. J'ai salué tout le monde, des filles de salle aux médecins, et j'ai essayé de les aimer tous; je ne suis pas sûre d'y être toujours parvenue ... Ce n'est pas toujours facile de tisser de vrais liens d'amitié, il y a tellement de préjugés de part et d'autre. Et pourtant, deux familles m'ont demandé d'être marraine de leur enfant, et dans les deux cas ce n'était pas pour mon argent. Je n'aurais peut-être pas totalement démérité ... Je garde en mémoire la phrase de Marie-Bernard l'autre jour au téléphone : "Merci de nous avoir portés jusqu'au bout." Moi j'avais plutôt l'impression que c'était le contraire !
Beaucoup de gens en Afrique rêvent de l'Europe comme d'un paradis à conquérir; beaucoup de gens en Europe rêvent de l'Afrique comme d'un paradis perdu (voir le film "Les dieux sont tombés sur la tête"). Finalement, on rêve toujours un peu, avec J-J Rousseau, que "l'homme est naturellement bon, mais la société le corrompt" (version moderne du célèbre "c'est pas moi, c'est l'autre"). Ce n'est pas vrai; l'homme est foncièrement mauvais, et Dieu seul peut le sauver. J’ai touché du doigt la bêtise, la méchanceté, la jalousie, ce qu’il y a de plus laid dans l’homme, surtout lorsqu’il a un peu de pouvoir; mais au fond de toutes ces difficultés, j’ai éprouvé la gentillesse, la délicatesse, les trésors d’amour et d’affection, ce qu'il y a de plus beau dans l'homme, que m'ont donnés les petits et les simples, la "population", ceux qui ne seront jamais des bakonzi, des "seigneurs". Ce que j'ai perdu en illusion, je l'ai gagné en espérance …
Alors voilà, je quitte une vie, un mode de vie, de pensée, de voir le monde, pour repartir sur un autre continent, une autre planète, et c'est la mienne. Je quitte une famille et des amis pour retrouver une famille et des amis. Mais ceux que je quitte ne me quitteront pas : ils font partie de ma vie et de mon être; si je les reniais, je me renierais moi-même. Motema moko na molimo moko … (un seul cœur et une seule âme)
Je sais que le retour en France ne va pas être facile, que je vais passer d'une solitude à une autre solitude, qu'il y tant de choses que je ne pourrais pas partager. Cette souffrance-là aussi, je veux la vivre à fond, parce qu'elle fait partie intégrante de la mission, parce que c'est peut-être la partie la plus importante de la mission : découvrir que finalement, la seule chose qui nous rapproche vraiment, c'est la communion des saints. Enfants d'un même Père, et frères au-delà de nos espérances ...

Que d'émotions!!!! Bon retour parmi nous "ma petite Elise" et bon repos à toi car tu en as grand besoin!!!
RépondreSupprimerBises
Bon retour...! Et merci pour ton témoignage...
RépondreSupprimerAmitiés,
Emeline (DCC Turquie)